Compagnie Le Sonart

David Chevallier

Sopranic Fantaisie – création 2017

Sopranic Fantaisie – création 2017

Anne Magouët : soprano
David Chevallier : guitares, théorbe, banjo, informatique musicale.
Afra Waldhor : comédienne

Mise en scène : Nicolas Bonneau
Textes  : Pierre Senges
Scénographie : Gaëlle Bouilly
Costumes : Cécile Pelletier
Lumières et régie : Rodrigue Bernard

Coproduction le SonArt/la Soufflerie/le Grand T

 

Logos

Sur la scène, un îlot lumineux crée l’espace où se retrouvent une professeure de chant, son élève et le musicien qui accompagne les cours. Ces retrouvailles régulières sont l’occasion pour cette cantatrice en fin de carrière, d’abreuver son élève d’anecdotes sur le milieu de l’opéra, lesquelles se confondent avec des situations fantasques issues de l’imagination de la Diva. Ces histoires se mêlent au travail de la technique vocale, mais aussi à l’ambition d’un dernier grand rôle, celui d’Aïda, convoité par la professeure. Un désir qui ne cesse d’occuper son esprit et s’invite à chaque leçon. Une aspiration si intensément vécue, qu’elle finit bientôt par gagner la jeune disciple.

Ce rêve partagé d’interpréter cet opéra de Verdi à Vienne, devient le fil d’Ariane des échanges entre les deux personnages, sous la complicité et la rêverie musicale du musicien. Nous assistons alors à un entrainement effréné où le corps du chanteur lyrique est appréhendé sous la forme d’un appareillage anatomique dont il s’agit de nommer toutes les pièces comme si l’on parlait de mécanique, d’un ensemble d’organes désignés par un jargon scientifique, lui même tourné en dérision : l’Aria du diaphragme, le Récitatif du larynx. Parmi cette énumération organique jaillissent quelques grands noms de l’art lyrique, autant de figures tutélaires maintenues à distance afin de plaisanter amicalement avec la musique savante, le grand répertoire lyrique. Parce qu’ici, ceux-ci ne s’opposent pas au populaire, bien au contraire, il est des lieux où les expressions se rencontrent en bonne intelligence, où le banjo nous conduit avec beaucoup de subtilité vers Mozart !

Tout au long des entrevues, le spectre d’Aïda devient de plus en plus prégnant, or une cantatrice ne peut se confondre avec son personnage au risque d’y perdre sa voix. Il existe un danger réel à se prendre pour une héroïne opératique, ces femmes aux vies compliquées, presque toujours sacrifiées. Laquelle des deux, de la professeure ou de l’élève, parviendra à s’ancrer suffisamment dans le réel de la partition, dans son corps sonore et chantant ?

Avec Sopranic Fantaisie, nous voulions quelque peu chahuter la représentation des chanteuses lyriques, toucher à ces figures hiératiques, en les ramenant à leur condition terrestre, à la gravité d’un corps, aux contingences matérielles d’un concert. Ne serait-ce pas là les soulager, un temps, de la trop grande exigence qui pèse sur elles, de la demande incessante de perfection, de l’injonction à ne jamais faillir.

Loin de la caricature, nous voulions montrer l’humain qui se cache derrière ces grands chanteurs de l’extrême.

Cet hommage à la cantatrice, à l’opéra, nous ne pouvions l’imaginer autrement que sous la forme d’une œuvre de théâtre musical, d’un théâtre qui parle de la musique en faisant de la musique. Nous souhaitions adopter un ton burlesque et tragique, capable d’arracher la voix lyrique de la sphère du sublime où elle se doit de demeurer, pour la ramener au corps, à la chair, à l’organique. Le plus grand défi concernait l’écriture, capable de mêler de manière fluide, situations vécues, documents scientifiques et imaginaire surréaliste, afin de mener à bien, entre humour et émotion, un récit à la frontière du théâtre et de la fantaisie littéraire.

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