Compagnie Le Sonart

David Chevallier

Is That Pop Music ?!?

Is That Pop Music ?!?

Quand des musiciens de jazz, rois de l’improvisation se réapproprient des morceaux légendaires des Beatles, de U2, Jeff Buckley ou encore The Police, peut-on encore parler de pop musique ? En hommage à la pop anglo-saxonne des années 70/80 et à quelques-uns de ses chefs d’œuvres, David Chevallier – guitariste et compositeur de jazz, habitué des mélanges stylistiques – et son combo de musiciens chevronnés réinventent et triturent cette musique ancrée dans la mémoire collective, et en repoussent les limites.

Création 2009. Coproduction ARC à Rezé /Rencontres Internationales de Jazz de Nevers/ Lune de trois. Avec le soutien de la DRAC et de la région Haute-Normandie, de la Spédidam et de l’Adami.

David Chevallier : guitares, banjo
David Linx : chant
Yves Robert : trombone
Christophe Monniot : saxophones
Gérald Chevillon : saxophone basse
Denis Charolles : batterie

CD paru chez Cristal Records / Harmonia Mundi. CHOC Jazz Magazine Jazzman

 

David Chevallier réussit un coup de maître avec un exercice casse-gueule : la reprise pop. Avec un double goût du jeu : celui qui consiste à jouer de son instrument et faire jouer les autres, mais aussi le jeu comme amusement, jouer avec des airs célèbres, comme on joue sur les mots. Il y a une franche gaîté qui traverse cet album, une légèreté anti-kitsch sur ces versions généralement plus alertes que les originaux, dépoussiérant les lourdeurs orchestrales de Sowing the Seeds of Love et transformant la rage pompeuse de Tears For Fear en vivacité d’esprit. Saisissant quelques notes de banjo aux allures synthétiques dans le fatras orchestral d’ Ordinary World (Duran Duran) pour en faire une vraie partie de banjo, pleine de malice, débarrassant le traditionnel O Come Emmanuel des arrangements nunuches dont l’affubla Enya pour revenir à un dialogue du chant avec une guitare jazz inattendue dont l’hyper–jeu offre une profondeur de champs inédite au traditionnel. On va dire : Bergerot déteste la pop des années 1980 et se plaît à la voir mise en pièce par un jazzeux. Message in a bottle (The Police) et même Once in a Lifetime (Talking Heads) font partie de mon patrimoine et j’éprouve le même bonheur à les voir détricoter avec un tel humour, une telle virtuosité, une telle intelligence de l’original et de la distance qu’il faut savoir ne pas dépasser. Je n’ai pas encore dit que David Linx est l’interprète de tous ces titres. Il sait se placer sur toutes ces chansons avec une justesse chaque fois renouvelée. Je vous laisse lire les noms des musiciens qui l’entourent. Tous merveilleux improvisateurs, tous merveilleusement cadrés par Chevallier, et tous mis à profit comme dans ces fabuleuses « chases » avec batterie auxquelles se livrent Yves Robert sur She Said ou Chevallier sur Message in a bottle. Encore une chose : ce programme a été créé en 2009, deux ans avant d’avoir été enregistré. Pour une fois on n’a pas mis la charrue avant les bœufs.

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Après avoir visité les madrigaux de Gesualdo et mis en musique le pessimisme flamboyant de Pavese ou l’aridité de Buzzati, le guitariste s’attaque désormais aux chansons pop anglo-saxonnes de son adolescence. Sans mépris ni facilité, un travail de relecture qui leur donne une autre couleur, une autre vie.
« Is that pop music ?!? » interroge, un brin provocatrice, l’affiche du concert. La question ne se pose pas longtemps : dès le premier morceau on se dit que U2 n’y retrouverait pas ses petits, ou alors passés au kaléidoscope de nos improvisateurs. Le thème n’est ni prolongé ni lesté de digressions harmoniques (c’est le risque dans ce genre d’exercice) ; ce serait mésestimer David Chevallier, qui dirige son sextet avec précision tout en oscillant entre solos enflammés et sculpture de la pesanteur du silence.
Au contraire, le thème est désarticulé, investi par les musiciens à tel point qu’il entre souvent dans un tout autre univers, se démembre puis se reconstruit pendant que Linx décompose les paroles en scats impeccables et s’appuie tour à tour sur les éclats du trombone ou les tirades de Monniot. La construction collective est telle qu’on en viendrait à trouver « Seeds of Love » (Tears for Fears) intéressant et plein de ressources. C’est dire la performance !
Comme toujours, Charolles exulte dans cette incursion en musique populaire. Il joue avec enthousiasme de sa complicité ancienne avec la plupart des musiciens, à commencer par un Chevallier qu’il connaît par cœur, fait usage de son habituel attirail hétéroclite pour explorer les tréfonds d’un binaire languissant ou, au contraire, faire feu de tout bois lorsqu’il retrouve les fougueuses envolées d’un Monniot ahurissant au soprano. Cette complicité permet notamment des merveilles de contrepoints dans ce qui est certainement ici une des adaptations les plus réjouissantes, le « She Said, She Said » de Lennon dont le travail rythmique de Massot* au tuba est la base inébranlable.
(…) La motivation de Chevallier pour ce spectacle tient en peu de mots : rendre hommage aux pépites musicales ayant ponctué son adolescence, alors que ses goûts déjà très affirmés rejetaient les bluettes sans lendemain des radio commerciales. On ne sera pas étonné dès lors d’y trouver un second titre des Beatles, « Come Together » qui sonne ici comme une éclatante invitation à l’improvisation collective. Toutefois, pour réussir à donner du relief à un titre de Duran Duran, il faut une sacrée dose de talent et d’inventivité. Mais les conditions sont réunies et la tournée ne fait que commencer…

Frampi Barriaux – Citizen Jazz
* Michel Massot a depuis été remplacé par Gérald Chevillon.